Fabien Camus : « Je suis un homme de défis »

Par Amayes Brahmi
23 janvier 2013

À 27 ans, Fabien Camus a déjà un sacré vécu. Il a connu la Ligue des Champions, un titre de champion de Belgique et surtout quelques galères. Prêté par le KRC Genk à l’ESTAC, Fabien Camus effectue une bonne saison malgré le classement des Troyens (19e) en Ligue 1. Avec quatre buts au compteur, il est le deuxième meilleur buteur du club. Sharkfoot s’est entretenu avec le milieu de terrain troyen, quelques jours après que celui-ci ait claqué un doublé en seizième de finale de Coupe de France.

Tu commences ta carrière pro avec l’OM en 2004, tu fais même deux apparitions, puis après plus rien. Que s’est-il passé ?

J’ai fait effectivement deux apparitions en Ligue 1, je m’entrainais fréquemment avec le groupe pro. J’ai eu une succession de pépins physiques, j’ai effectué une mauvaise saison. À partir de là, je me dis que c’est peut-être le moment d’aller voir ailleurs. Peut-être que je ne vais pas signer de contrat pro donc je prends les devants et je me dis que c’est peut-être mieux de partir. Personne ne s’y est opposé. Mon agent m’a trouvé un club en Belgique à Charleroi. Je me suis renseigné, j’ai vu qu’il y avait plusieurs jeunes joueurs qui étaient titulaires donc j’ai tenté ma chance. J’ai vu aussi à l’époque que Michaël Ciani a joué à Charleroi six mois avant d’être repéré par Auxerre et de retourner en France, donc je me suis que dit que c’est un bon tremplin

Plutôt que de rester en France, tu vas tenter ta chance en Belgique. Pourquoi ce championnat ?

Il y avait peut-être des possibilités en France, en L2, mais pas en L1. J’ai du caractère et je savais que ce je voulais. Moi ce que je voulais c’était jouer et prouver que, justement, je pouvais évoluer au haut niveau. Je ne voulais pas être dans un effectif pour dire « je suis pro dans un effectif ». Je savais que la D1 belge était un championnat qui donnait la chance à des jeunes et qui faisait beaucoup de paris sur des joueurs méconnus. J’ai donc foncé.

Cela se passe plutôt bien, tu alignes les matches avec Charleroi et tu es contacté par Genk qui est l’une des meilleures écuries du pays. Y avait-il d’autres clubs intéressés au moment des faits ? Si oui, pourquoi avoir choisi Genk justement ?

Il y a eu des clubs intéressés bien avant mon transfert à Genk. Lors de ma première saison à Charleroi, j’alterne le bon et le moins, mais j’avais déjà tapé dans l’œil de quelques clubs comme l’AS Saint-Etienne ou Willem II. La deuxième saison, j’explose, je suis élu meilleur milieu de terrain de Belgique et là il y a Lens, Monaco, Séville, le Bayer Leverkusen, mais surtout le Steaua Bucarest qui est arrivé avec un grosse offre. Quatre millions + un pourcentage à la revente. Du coup Charleroi a pris cette offre comme base pour discuter avec les autres clubs, mais moi je ne voulais pas aller au Steaua vu les autres clubs intéressés. De son côté Charleroi voulait que les autres clubs s’alignent sur l’offre du Steaua Bucarest. Finalement je suis resté à Charleroi et je me dis qu’il faut refaire une bonne saison pour convaincre ces clubs qui n’ont pas voulu mettre les quatre millions. Et je les comprends. Par malheur, au bout de six mois, je me fais les croisés. Il faut tout recommencer…

Je mets du temps à bien revenir. Finalement lors de ma quatrième saison je fais une bonne saison et la Genk arrive. Je me dis que c’est un grand club belge qui joue souvent la Coupe d’Europe, une équipe portée sur l’offensive. Au vu tout de ça, j’ai foncé.

À Genk, tu te régales, tu es champion de Belgique, tu découvres la Ligue des Champions. C’est un peu un conte de fées…

Oui, je joue contre Lille et Porto en Europa League, puis l’année d’après en Ligue des Champions on affronte Chelsea, Valence ou encore le Bayer Leverkusen. C’était fantastique et de mon côté j’ai fait une très bonne saison.

Fabien Camus (à gauche) a connu plusieurs choses dans sa carrière dont la Ligue des Champions. Ici, il est aux prises avec Fernando Torres (Chelsea) | Crédits : Richard Heathcote-Getty Images Europe

« Hors de question que je retourne à Genk »

Finalement, Genk te prête à Troyes alors que tu sors d’une saison loin d’être mauvaise avec plusieurs passes décisives. Que s’est-il passé ?

C’est une histoire très particulière. J’ai fait une super saison. Vers février, je sais qu’il y a deux, trois clubs qui commencent à être intéressés en Angleterre comme Bolton et Blackburn et le Genoa en Italie. Il y avait aussi Troyes, mais ça dépendait de la montée en L1. Je sais qu’il me reste une année de contrat, je ne me précipite pas. Puis la direction veut me faire re-signer mais ce n’est pas mon but, je veux aller voir ailleurs. Finalement après deux mois de négociations, Genk me propose un contrat que je n’aurais, peut-être, jamais eu dans d’autres clubs. Avec tout ce que j’ai traversé, je me suis dit que je ne pouvais pas le refuser. Je prolonge pour trois ans et puis je me blesse.

Encore une fois…

Toujours au mauvais moment. Je ne suis pas souvent blessé grâce à Dieu, mais là je me blesse aux adducteurs. Je suis écarté des terrains pendant deux, trois mois. C’était une galère pour revenir, car à chaque fois je faisais une rechute. Puis à l’inter-saison, Genk fait signer plusieurs joueurs sur lesquels ils ont mis pas mal d’argent, un million, deux millions…

Sur le terrain, ça ne se passe pas très bien, on n’arrive pas à se trouver, c’est confus. Là, je vois qu’on commence à faire certains changements tactiques et c’est moi qui en fait les frais. Je le prends très mal au vu de la dernière saison que j’ai réalisé et au vu des concessions que le club a fait pour me faire prolonger. Jamais de la vie, je ne m’attendais à ça. Au début, je me dis que je vais m’accrocher et voir ce qui va se passer. Je ne suis pas quelqu’un de faible mentalement. Par la suite, les résultats ne suivent pas, on joue très mal et moi je ne rentre jamais en jeu. Je crois qu’il y a des jeunes de 18-19 ans qui entrent à ma place !

C’est dû à quoi selon toi ? C’est des soucis avec l’entraîneur ? Des dirigeants qui auraient mis la pression sur le coach ?

Non, les dirigeants m’ont toujours soutenu, je suis toujours en contact avec eux. C’est plutôt avec l’entraîneur…

J’ai ma petite idée, c’est lui qui a fait venir ces joueurs et il n’arrivait pas à les faire jouer. Il leur a donné du crédit et moi je n’ai pas voulu attendre plus longtemps. Au bout de cinq ou six matchs, j’ai vu que je n’avais joué qu’un quart d’heure. J’ai prolongé pour trois ans mais je n’allais pas rester à attendre mon tour à 26 ans après tout ce que j’ai montré ici. J’en avais marre. Le recruteur de Troyes, Nourredine Bouachera, m’a vu jouer et a parlé de moi à Jean-Marc Furlan qui a aimé mon style de jeu. De mon côté, via mon agent, je dis que c’est terminé à Genk. Après un match de championnat où pour la deuxième fois de suite, je m’échauffe pendant plus de 45-60 min sans rentrer alors qu’on mène 3-0. Je me dis qu’il y a un problème, qu’on essaye de me faire comprendre quelque chose.

Peut-être que l’entraîneur n’a pas apprécié le fait que je signe un super contrat. Peut-être qu’il pensait que je faisais moins d’efforts. Je ne sais pas. Directement après le match, je vais voir mon manager, je lui dis que c’est fini, que je dois partir. Troyes et Genk se sont mis en relation pour un prêt. J’ai eu une discussion avec le coach et je lui fais comprendre que je n’étais plus heureux. Il ne m’a pas retenu non plus…

Un départ était bon pour les deux parties donc…

Oui et la Ligue 1 m’attirait, je voulais rentrer en France. Le projet de l’ESTAC me plaisait énormément donc j’ai foncé directement.

Tu comptes retourner à Genk, sachant que tu es lié au club belge jusqu’en 2015 ?

Il en est hors de question. Même si j’entretiens de très bons rapports avec le directeur sportif et le directeur technique qui prennent souvent de mes nouvelles. J’évolue chaque week-end contre des grandes équipes et des grands joueurs. Je préfère rester en France ou aller dans un autre pays, dans un championnat plus huppé que la Belgique.

« Plus aucune nouvelle de la fédération tunisienne »

Tu as entamé des négociations avec Troyes pour rester ?

Cela dépend du maintien. Pour le moment, ce n’est pas une chose à laquelle je pense. Il faut aider l’équipe et maintenir le club. Ce qui adviendra par la suite, on verra ça à la fin de la saison.

Abordons, un autre volet. Tu comptes une sélection avec la Tunisie. C’était en 2009 contre les Pays-Bas de Wesley Sneijder et Robin Van Persie. Comment cela s’est-il passé ?

Tout d’abord ma mère est tunisienne et mon père est français. C’est Roger Lemerre qui me supervise à plusieurs reprises quand je suis à Charleroi. Il n’a pas pu me convoquer par la suite car il a quitté la sélection. Ensuite, c’est Humberto Coelho qui a continué à me suivre. À l’époque, j’étais à Charleroi et je me dis que peut-être c’est un bon tremplin pour partir aussi.

Quel souvenir en gardes-tu ? 

C’est un super souvenir de jouer contre de tels joueurs. Par la suite, j’ai eu d’énormes déceptions. Je n’ai eu plus aucune nouvelle. Il y a eu plusieurs changements de sélectionneurs, des soucis en Tunisie, mais voilà… J’ai été assez vexé de n’avoir eu aucune nouvelle.

Si on t’avait appelé pour la CAN, aurais-tu dit oui malgré cet oubli de plusieurs années ?

J’aurais demandé à parler avec eux. Le sélectionneur et les dirigeants. Avant de donner ma réponse.

Passons à l’ESTAC. Cette saison, il y a plusieurs matchs où vous semblez avoir fait jeu égal, voire dominer le match. Je pense entre autres aux matches contre l’OL et Lorient, mais au final vous repartez avec une défaite. Comment expliques-tu cela ?

Le truc c’est que dans les zones de vérité, on n’a pas assez d’expérience. Surtout devant, mis à part Sébastien Grax qui est blessé. On a souvent énormément d’occasions qu’on ne transforme pas. Dans le même temps, on a pris énormément de buts gags, des buts qu’on a donné. Je mets ça sur le compte de l’inexpérience de la Ligue 1.

Tu as souvent joué le haut du tableau en Belgique et là tu te retrouves à lutter pour le maintien. C’est dur mentalement ?

C’est compliqué, mais bon je suis un compétiteur, rien ne m’effraye. Je suis un homme de défis. Mais c’est sûr que c’est toujours frustrant de repartir avec zéro point alors qu’on peut repartir avec une victoire.

Paradoxalement, en Coupe de France, vous êtes plutôt bien avec ce huitième de finale. Cette compétition est-elle une priorité malgré la situation difficile du club en L1 ?

C’est une priorité pour instaurer une dynamique positive, pour le championnat. Être toujours qualifié pour la Coupe de France, c’est quelque chose de très bien et une coupe c’est toujours passionnant. Ça peut nous aider pour le championnat car les victoires ont toujours un côté encourageant.

Si on a quelque chose à souhaiter à Fabien Camus pour l’avenir, cela serait quoi ?

Être heureux. Peu importe là où je suis. Être heureux avec ma femme et ma famille, et être en bonne santé. C’est l’essentiel.

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