De retour en Ligue 1 après cinq ans d’absence, les Troyens de Jean-Marc Furlan peinent à s’acclimater aux exigences de l’élite. Toujours en mal de victoires, l’ESTAC montre malgré tout des signes encourageants, loin des flops Arles-Avignon et GF 38.
Troyes. Son concile, son textile, sa Seine aux antipodes de la capitale et sa magnifique cathédrale « Saint-Pierre – Saint Paul ». Majestueuse érection architecturale dédiée aux apôtres qui suggère doucement la notion de miracle. Toute ressemblance avec l’actualité footballistique serait bien sûr purement fortuite.
Troyes, ville de foire
Ville de foire et de villégiature, Troyes conserve un riche passé historique dont l’ESTAC est une vitrine. C’est dans ce chef-lieu de l’Aube que s’affirme aux XIIe et XIIIe siècles le concept de « villes de foires » dont la compétition sportive du même nom n’est que l’ancêtre de la « Coupe de l’UEFA ». L’ESTAC, qui n’a obtenu son statut professionnel qu’en 1996, aura depuis passé quinze ans parmi l’élite du football français. Une première cette saison sous l’ère Masoni qui rêvait sans doute d’un départ plus pétillant. Les deux maigres points dans la besace après huit journées et cinq longues années à graviter au rayon « discount » du football français inquiètent. Troyes a-t-il le niveau de Ligue 1 ?
Des chiffres porteurs d’espoir
Le club aubois reste le seul en mal de victoires depuis le début de saison. Pourtant, les premiers chiffres se veulent rassurant pour les hommes de Jean-Marc Furlan. Sur les sept équipes à ne pas avoir remporté le moindre match à ce stade de la compétition ces cinq dernières saisons, plus de la moitié ont sauvé leur peau en fin d’exercice. Nancy et Brest en 2011-2012, Sochaux par deux fois en 2008-2009 et 2007-2008. Pour le FC Metz, Arles-Avignon et le GF 38, le retard initial, trop important, ne fut jamais comblé. Plus inquiétant, hormis Arlésiens et Isérois visiblement pas taillés pour l’élite, doux euphémisme, personne n’a fait pire en termes de points depuis vingt ans. Pour le coach Furlan, qui effectue une seconde « pige » pour l’ESTAC après deux saisons clôturées par une descente en 2007, les chiffres ne sont guère plus flatteurs. 19 matchs d’affilée maintenant sans victoire en Ligue 1, dont 17 défaites, ainsi que le plus faible pourcentage de « réussite » des vingt entraîneurs en exercice.1

Malgré les apparences, c’est bel et bien la bandelette bleue de Maoulida qui prendra le dessus sur de valeureux troyens, réduits à neuf. (Image Sport24.com)
Parole à la défense
Les chiffres illustrent certaines réalités mais ne les définissent pas. Qu’en est-il exactement du niveau intrinsèque de l’équipe ? Animée des meilleures et plus logiques intentions, la direction a tenu à conserver l’ossature de son onze. Mounir Obbadi et Julien Faussurier, principaux distillateurs du jeu troyens l’an passé avec quinze passes à eux deux, sont restés dans l’Aube, tout comme Marcos, goleador attitré. Même le départ de Caceres pourtant auteur de 10 réalisations l’an passé ne semble pas affaiblir outre mesure l’animation offensive. Loin d’être orgasmique devant le but, l’ESTAC reste capable de marquer contre le cours du jeu, aidé en cela par la volonté perpétuelle de Jean Marc Furlan à faire vivre le cuir. Nul doute que le salut troyen, si salut il y a, passera par cet équilibre entre capacité à marquer et rigueur défensive. Car la défense, pourtant la meilleure de Ligue 2 l’an passé, reste le cheval (de Troie) d’une équipe amputée de son ex-meilleur élément Djibril Sidibé. Avec déjà 18 buts encaissés malgré 3 penaltys stoppés, Yohann Thuram-Ulien peut s’inquiéter de voir devant lui un conglomérat de novices. Fabrice Nsakala, Rincon ou Matthieu Saunier découvrent tous la Ligue 1, tandis que l’expérimenté Jérémie Bréchet, miné par les blessures l’an passé, restait sur 5 rencontre avec Sochaux en l’espace d’un an et demi. Recrutement difficilement compréhensible pour la cellule troyenne qui s’est tout de même coltinée huit attaquants respectables dont l’énumération serait inutile et fastidieuse.
Gagner, et vite !
À Bastia, l’ESTAC n’a pas démérité. Si le jeune Bahebeck a permis à Marcos d’égaliser sur penalty en subissant une faute inexistante, les Troyens, revenus deux fois au score, pourront trouver une once de consolation dans les choix de Monsieur Lesage et du microclimat arbitral qui plane sur la Corse actuellement. À Brest, les Troyens avaient déjà pliés dans les dernières secondes. Pas de quoi rendre le bilan comptable beaucoup plus étincelant, mais une confiance qui risque de s’amenuiser au gré des contre-performances. Au-delà des douze points de retard, déjà, l’écart avec le voisin rémois est-il si important ? Il manque peu de choses aux Troyens pour être capable de se sauver, à la condition de gagner très rapidement. Les deux prochaines rencontres face au leader marseillais et contre le voisin champenois, que l’ESTAC avait battu récemment en Coupe de la Ligue à Auguste-Delaune, seront déjà décisifs. Une once d’espoir pour les troyens ? Quand on sait que l’once Troy, système de mesure des métaux précieux qui tient son nom de la ville et de son passé moyenâgeux, mesure 31,103476 unités, l’on peut prétendre avec raison qu’il faudra une once de cohésion, une once d’abnégation et peut-être une once de talent en plus pour gagner les quelques unités supplémentaires nécessaires au maintien.
1 22,31% avant la dernière défaite à Bastia samedi dernier. A titre de comparaison, le bordelais Francis Gillot à un pourcentage de 37,41%. Source l’Équipe.






