Portugal : Le contrôle technique de la Sélecçao

Une Coupe du Monde au Brésil sans la participation du cousin portugais ? Impensable. Mais la Sélecçao traverse actuellement quelques zones de turbulences. Pas de quoi dramatiser nous dira-t-on. Et pourtant le constat est sans appel : le Portugal n’est désormais plus maître de son destin. Plus alarmant encore, la faiblesse de son jeu lors de ses premières sorties avec des points perdus contre une Irlande du Nord largement abordable et une défaite contre la Russie qui s’extasie de prendre une avance considérable. Mais aussi deux victoires qui cachent une part d’ombre.

Celle que la sélection portugaise pourrait être actuellement en panne. En panne d’inspiration, de concentration et surtout d’efficacité devant les murailles adverses. Et oui, il ne faut pas se leurrer. Nous sommes en 2012, et les « petites » équipes d’Europe ont bien compris que pour remporter des points contre le Portugal, il faut bétonner. Et preuve en est que cela marche. Entre bilan et prévisions, voici le contrôle technique de la Sélecçao.

Paulo Bento, sélectionneur du Portugal

La Sélecçao de Paulo Bento en panne ? ( Crédit photo : www.Abola.pt )

Constatation n°1 : Des départs en mode Diesel

Pour le premier rendez-vous de sa campagne, le Portugal a eu bien du mal à s’élancer. Au Luxembourg, les gueshs l’ont emporté. De peu. Car l’hérétique Daniel Da Mota venait montrer au pays de ses origines qu’il en a. Menés 1–0, Cristiano Ronaldo et ses partenaires finiront par inverser la tendance. Mais à force de jouer avec le feu, on se brule. Le Portugal va l’apprendre à ses dépens en concédant l’ouverture du score lors de deux de ses trois autres confrontations. Contre les Soviets, Ruben Amorim se plante complètement. Quelques jours après, c’est Joao Pereira qui fait preuve de manque de concentration. La suite on la connait. Russes et Irlandais se feront un malin plaisir de jouer à l’Italienne.
Au final la Sélecçao cale et ne prend qu’un point sur six possibles. Troisième au coude à coude avec Israël et largué à cinq points de la Russie. Le barrage risque de se profiler au bout du tunnel. A moins de compter sur deux faux pas du leader de la poule et remporter dans le même temps des victoires. Mais là, c’est jouer à la roulette russe.

Constatation n°2 : Une équipe qui ne passe que la deuxième …

Apparemment, l’actuelle troisième nation du football au rang FIFA apprécie les doutes et les tourmentes. Le stress jusqu’au bout. Finir second des phases éliminatoires puis réaliser de très belles phases finales, voilà l’une des spécialités du Portugal. Au grand dam de ses aficionados, c’est un bilan incontestable. Depuis le début du 21e siècle donc, les portos ont pratiquement toujours terminé second de leur groupe. Les chiffres ? Les voici : En 2000, les lusitanos terminent derrière la Roumanie. Meilleur second grâce à une différence de buts plus large, le Portugal part directement en France et évitent donc les barrages. Deux ans plus tard, ça passe. L’Asie accueillera bel et bien la Sélecçao, qui s’est à nouveau qualifiée sur le fil en terminant première de son groupe certes mais à égalité avec l’Irlande. Le goal average penche encore une fois en la faveur du pays du Fado. Organisateur de l’Euro 2004, le Portugal attendra 2006 pour renouer avec la phase éliminatoire. La dernière en date durant laquelle tout se passera très bien. Invaincus tout au long de la campagne, les Portugais rejoignent l’Allemagne sans soucis.

C’est alors qu’arrive 2008 et de nouveau cette mauvaise habitude de ne pas terminer en tête. Dans l’optique de l’Euro en Suisse-Autriche, le Portugal finit juste derrière la Pologne. Heureusement, ce sont les deux premiers qui sont directement qualifiés.  Puis viennent les éliminatoires catastrophiques de la Coupe du Monde 2010 et de l’Euro 2012. Par deux fois, la Séleçao das Quinas se retrouvera en barrages. Ironie du sort, son adversaire sera la Bosnie à chaque fois. Conclusion : En douze piges et cinq phases éliminatoires pour des grandes compétitions, le Portugal n’a terminé qu’une seule fois vainqueur de sa poule. En phase finale c’est une autre musique bien sûr, puisque les Lusitaniens ont disputés en tout une finale ( Euro 2004 ), trois demi-finales ( Euro 2000, Coupe du Monde 2006, Euro 2012 ), et deux quarts-de-finale ( Euro 2008 et Coupe du Monde 2010 ). C’est pas mal, mais à force de draguer ces fameux barrages, le Portugal pourrait finir par se faire recaler.

Constatation n°3: … et aime rouler en réserve.

Sur le papier, le Portugal c’est du solide. Sûrement l’un des plus gros collectif au monde. Ses individualités sont également énormes et tout est bien organisé. Les blessures de Fabio Coentrao et Raul Meireles ont pourtant montré qu’un petit grain de sable peut enrailler toute la machine portugaise. En aout 2012, Pepe et Bruno Alves figuraient aussi sur la liste des malades et la solidité défensive habituelle ne se faisait plus ressentir. Après les mauvais matchs face à la Russie et l’Irlande du Nord, reste à savoir si le Portugal a un banc de qualité, et surtout si Paulo Bento fait appel aux bons joueurs.
Après tout, c’est bien lui qui a décidé de ne pas convoquer un vrai arrière gauche en cas de blessure de son latéral madrilène … Tout comme le fait de titulariser à nouveau un Ruben Amorim catastrophique, tout ça pour ne pas le « punir » de son mauvais match. Loin de vouloir incriminer ce sélectionneur qui réalise du bon boulot depuis son arrivée, nous pouvons quand même contester là quelques-unes de ses décisions. Avec le retour probable de ses titulaires le 22 mars prochain pour affronter Israël, le Portugal devrait quand même avoir un visage différent et pourrait bien se relancer avec une victoire.

Nelson Oliveira et Pizzi célébrant un but avec La Corogne ( Crédit photo : www.ojogo.pt )

Constatation n°4 : Laisser place à un moteur hybride

Ce qu’il manque véritablement à cette sélection c’est un véritable buteur. Ce n’est plus un secret pour personne. Helder Postiga a fait son temps, et même s’il est le meilleur buteur de l’ère Bento, il ne fait plus l’unanimité. On lui reproche surtout ses loupés. Combatif sur la pelouse, il ne semble malgré tout pas assez efficace. Contre l’Irlande du Nord il marque mais il a surtout bouffé la feuille de match. A l’heure d’aujourd’hui, il faut penser au futur et donc, à 2014. Et c’est peut-être le moment idéal pour lancer un des jeunes talents dont dispose Paulo Bento.

On parle de Nelson Oliveira notamment. En sélection, il a participé aux fins de matchs à l’Euro. Ses rentrées ont été plus que bonnes, et lorsque le sélectionneur lui offre sa chance dans le onze en amical au mois d’aout, il plante un golaço contre le Panama. Il combine à merveille avec ses partenaires, dont son capitao, Cristiano Ronaldo. Mais le jeune joueur de Benfica prêté à la Corogne semble avoir disparu de la circulation. La cause serait son statut de remplaçant en Liga. En effet il remplace … Pizzi, l’autre espoir de l’attaque portugaise. Celui qui a marqué un doublé ce week-end contre le FC Barcelone commence à avoir la côte. Voilà donc deux solutions à portée de main pour le coach de la Sélecçao. Encore faut-il qu’il la tende.

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