Fernando Redondo est un symbole. Symbole du rôle tactique de numéro 5 et un des symboles charismatiques de la pensée romantique du football argentin axée sur le beau jeu. Dans cette seconde partie, portrait de l’ancien joueur du Real de Madrid.
19 Avril 2000, quart de finale retour de la Ligue des Champions contre Manchester United à Old Trafford. Fernando Redondo est seul dans l’entre-jeu madrilène, seulement encadré par les deux ailiers Savio et Steve McManaman dans une formation en 3-5-2. Face à lui, Paul Scholes et Roy Keane forme un duo redoutable, tant dans la technique que la psychologie et la détermination. Manchester United est favori, champion d’Europe en titre avec une avance colossale en championnat. A contrario, le Real Madrid est en ballotage défavorable pour le titre espagnol et John Toschack a été remplacé en novembre par Vicente Del Bosque. Après la rencontre perdue 3-1, Sir Alex Ferguson avouera : « Ils ont joué un système qui ne méritait pas de fonctionner, un seul milieu de terrain, ça ne peut pas marcher ». Ce soir là, Fernando Redondo joua l’un des matchs les plus impressionnants de sa carrière, défensivement et offensivement, seul au milieu de terrain.
Fernando Redondo, entre tango, détermination et technicité
Le parallèle est aisé, mais cette perception du jeu propre à Fernando Redondo peut s’assimiler à cette connexion indispensable à l’harmonie et à la beauté du tango argentin. Ressentir intuitivement, et sans artifice, la présence de sa partenaire, exprimer subtilement et clairement par des gestes ses intentions de mouvements. Tout simplement communiquer par son attitude.
De la même manière que le tango se passe de paroles pour échanger en dansant, Fernando Redondo n’a pas besoin de regarder le ballon pour communiquer avec lui. Son toucher de balle de velours lui permet de ressentir en permanence le ballon. Son contrôle de balle soyeux intime sans à-coup ses intentions sur la trajectoire du cuir. Sir Alex Ferguson, admiratif, se demanda après ce quart de finale de Ligue des Champions épique si Fernando Redondo n’avait pas « des aimants dans ses chaussures».
Le tango, danse de proximité et de variations de rythme, nécessite une coordination gestuelle parfaite et une attention permanente à la musique. Fernando Redondo suit sans encombre la mélodie du jeu, s’y accorde et s’immerge avec fluidité dans le cours de la rencontre. Cette vision, haute et intuitive, lui permet de suivre la tendance du jeu, de l’anticiper et même de la maîtriser en influençant son tempo. Imposant ses changements de rythme, ralentissant ou accélérant à souhait, il oriente et dirige les offensives depuis sa position reculée. Son improvisation sur la musique du jeu met à mal l’anticipation défensive de ses adversaires, Fernando Redondo a toujours un temps d’avance. Son pied gauche fait des merveilles dans la transmission et la distribution du ballon. Il est le métronome de son équipe, son regista au sens premier du terme, celui de directeur. Fabio Capello abonde dans ce sens et dit de lui qu’il est un joueur « tactiquement parfait ».
Lorsqu’il n’est pas en possession du ballon, Fernando Redondo anticipe par son excellent sens du placement les changements de rythmes adverses et intervient par un tacle incisif et engagé. Avec son astuce de positionnement et de mise en opposition, il dirige les adversaires à jouer dans les espaces qu’il a choisi. Avec abnégation et détermination, il attend le moment opportun à l’affût dans un marquage individuel serré, exaspérant pour ses adversaires.
Fernando Redondo possède cette élégance simplement sophistiquée des danseurs de tango, cette attitude nonchalante sur le ballon et pourtant pleine de maîtrise sur les évènements. Il possède aussi cette combativité à la récupération propre au numéro 5, cette technique argentine sûre et un sang-froid exceptionnel.
Fernondo Redondo, menottista convaincu
Mais Fernando Redondo est aussi un personnage profondément intègre et romantique. Ses choix controversés, mais affirmés, sont le symbole de sa personnalité marquée. Il est vendu sans ménagement par Florentino Pérez au Milan AC après ses prestations remarquables en 2000. Alors que l’entraîneur Vicente Del Bosque souhaitait ardemment le conserver. Le joueur argentin démentit fermement le communiqué selon lequel il souhaitait quitter le club madrilène, il n’a tout simplement pas eu le choix, il souhaite honorer la fin de son contrat, mais l’époque « Galactique » doit commencer. Les supporters madrilènes lui rendent unanimement hommage.
À peine arrivé au Milan AC, il contracte une blessure au genou, la première d’une longue liste. Il traversera ainsi plus de deux saisons en pointillé. Alternant traitements et rééducations, il refuse dans le même temps son salaire, restituant au passage la voiture et la villa mises à disposition par le club lombard.

Cesar Luis Menotti, ancien sélectionneur de l’Argentine (guardian.co.uk)
Fernando Redondo partage le même courant de pensée concernant le football que Marcelo Bielsa et César Luis Menotti, ainsi qu’un comportement à tendance rebelle. Leur philosophie romantique est centrée sur l’efficacité du jeu sans pour autant renier l’esthétisme du jeu.
Alors étudiant en droit, il décline même les sélections en équipe d’Argentine et tire par la même occasion un trait sur la Coupe du monde 1990 de l’équipe emmenée par Carlos Bilardo, officiellement pour examens universitaires. L’histoire se répète pour la Coupe du monde 1998, cette fois pour des raisons officielles de discipline et de coupe de cheveux réglementaire imposée par Daniel Passarella. En réalité, sa conception du football est profondément en opposition avec celle des sélectionneurs Carlos Bilardo et Daniel Passarella, trop axée sur l’aspect physique et négatif du jeu.
Le football argentin est particulièrement clivant entre les menottistas et bilardistas sur la philosophie de jeu. Fernando Redondo a choisi son camp, celui qui associe esthétisme et efficacité et fait ses choix à la lumière de cette conviction. À travers le portrait de deux numéro 5 argentins charismatiques, Antonio Rattin et Fernando Redondo, deux facettes du football argentin s’opposent.








