Numéro 5 argentin : Antonio Rattin, leader défensif (1/2)

Antonio Rattin est une légende du football en Argentine. Son charisme et son abnégation sur le terrain demeurent, tout comme le souvenir de celui qui a modelé le rôle de numéro 5. Dans cette première partie, retour sur le précurseur du poste.

Bien qu’il soit souvent dans l’ombre du numéro 10, le numéro 5 est incontournable dans le paysage du football argentin. Ce tandem clair-obscur symbolise la colonne vertébrale autour de laquelle s’articule le classique 4-3-1-2 argentin. De l’équilibre de ce partenariat contrasté dépend la cohésion de l’ensemble de l’équipe et sa cohérence tactique. Le rôle tactique du numéro 5 argentin correspond à celui du numéro 6 en France. Sa mission est donc de patrouiller la zone axiale devant la défense, de se positionner en accord avec elle et de lui prêter main forte le cas échéant. Mais aussi d’impulser la remontée du ballon vers les joueurs plus créatifs.

Coupe du Monde 1958 : la révolution argentine

Antonio Rattin

Antonio Rattin sous les couleurs de Boca Juniors (informexeneize.com.ar)

L’Argentine est sous le choc. Son équipe vient d’être éliminée au premier tour de la Coupe du Monde 1958 sur un score cinglant de 6-1 contre la Tchécoslovaquie. La réaction sera à la hauteur du traumatisme. Le légendaire entraîneur Guillermo Stàbile est démis de ses fonctions sans ménagement à la suite de cette débâcle.

À cette époque, le football argentin, dans son isolement pour des causes politiques, a développé un football fait de passes très esthétique, technique, mobile et offensif : la Nuestra (signifiant notre style). Ce style latin tirant ses racines dans la Màquina de River Plate et s’exprimant classiquement dans une formation en Metodo. Les quelques confrontations internationales ont tendance à confirmer la supériorité de leur modèle, tout comme l’excellent Alfredo Di Stefano avec ses performances très remarquées en Europe.

Après avoir remporté la Copa America en 1955 et 1957, l’Argentine est tout simplement la meilleure équipe d’Amérique du sud, une des meilleure du monde, avec une puissance offensive foudroyante. Mais avant la Coupe du monde 1958, les attaquants vedettes argentins s’exilent et jouent alors sous les couleurs de l’Italie. La star Alfredo Di Stefano, évoluant au Real Madrid, prend la nationalité espagnole en 1956. L’équipe est affaiblie et orpheline. Les rencontres du premier tour de la Coupe du Monde en Suède ne sont pas rassurantes sur le niveau réel de l’équipe. Malgré tout, un match nul contre la Tchécoslovaquie aurait suffit pour continuer l’aventure.

L’élimination conduit à une véritable remise en question du modèle argentin. L’Argentine tourne alors complètement le dos aux principes de la Nuestra pour se concentrer sur la discipline, l’organisation et le jeu défensif. Paradoxalement, l’équipe du Brésil emmenée par Pelé, Zagallo, Garrincha, Didi et Vavà a bâti son premier titre mondial sur une préparation minutieuse, mais surtout un jeu offensif technique et flamboyant, certains principes du style de jeu de la Nuestra auraient pu être conservé. 

Antonio Rattin : le précurseur du rôle de numéro 5

Argentine 4-3-1-2 en pour la WC 1966

Equipe type de l’Argentine en 4-3-1-2 pour la Coupe du Monde 1966

Antonio Rattin est un colosse, un aboyeur de première et le leader naturel de son équipe de Boca Juniors. Il symbolise parfaitement, avec Carlos Bilardo, cette époque où l’engagement physique excessif, la dureté de l’entrainement, la roublardise et le jeu défensif s’inscrivent dans la durée dans le paysage argentin, malgré quelques exceptions. Antonio Rattin n’a pas une technique très développée, son jeu est simple et direct. Mais c’est un compétiteur acharné, marquant l’adversaire à la limite de l’intimidation et excellant à la récupération et aux tacles. Son sens du placement tactique est particulièrement développé et il protège sa défense centrale grâce à la qualité de son jeu aérien. 

Antonio Rattin est un professionnel modèle, à l’éthique de travail irréprochable et avec un sens du sacrifice certain. Il a le don de galvaniser ses partenaires par son charisme, sa détermination sur le terrain et son attitude de modèle en dehors. Hors du terrain, il se dépense sans compter à l’entrainement et met l’accent sur le physique, son régime alimentaire et ses périodes de sommeil, ce qui pour l’époque n’est pas commun. Tactiquement, il définit les contours du  rôle de numéro 5, devant la défense et servant de relais et de couverture pour les milieux de terrain, équilibrant le jeu avec eux. Il est l’ange gardien du numéro 10 et des joueurs à vocation offensive. Ce rôle tactique deviendra la clé de la formation classique argentine, le 4-3-1-2.

Mais quand l’interprétation d’Antonio Rattin de ce rôle tactique se fonde sur sa formidable présence physique et sur son charisme à la fois intimidant et inspirant, Fernando Redondo réinterprète ce rôle grâce à sa perception du jeu intuitive et à sa philosophie radicalement opposée.

Retour sur le profil d’un des meilleurs numéro 5 argentin, Fernando Redondo, demain dans la seconde partie.

 

Ajouter un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *