Gilles Yapi Yapo : « Heiko Vogel a tout fait pour me faire venir à Bâle ! »

Contraint de passer sept mois hors des terrains suite à une rupture des ligaments croisés du genou la saison passée, l’Ivoirien du FCB a de nouveau dû manquer une partie de l’exercice 2012-2013, lâché par son…genou. Après deux mois d’arrêt, Gilles Yapi Yapo fait son retour sur les terrains et se confie pour Sharkfoot.

Gilles, alors que tu réalises un excellent début de championnat, avec notamment ce splendide but face à GC, ton genou  lâche face à Lausanne le 18 août dernier, quasiment une année après ta déchirure des ligaments. Mentalement, cela a dû être difficile.

Oui, c’est clair ! Tout arrêt dans la carrière d’un footballeur est un coup dur. D’autant plus que c’est le genou et qu’au début on a pensé que ce n’était rien. Mais la blessure s’est finalement avérée plus grave que prévu. C’est toujours difficile de ne pas pouvoir faire son métier et de devoir regarder les autres…

Surtout que tu étais revenu en pleine possession de tes moyens après ta grosse blessure de la saison passée…

Personnellement, je ne me sentais pas encore au top. C’est vrai que j’avais fait de bons matchs et je sentais que je montais peu à peu en puissance en reprenant le rythme que j’avais perdu ces sept mois loin des terrains. J’ai dû me battre pour revenir et cette blessure est venue me freiner à nouveau ! Mais bon, maintenant c’est de l’histoire ancienne. J’espère pouvoir bien rejouer et retrouver mon meilleur niveau le plus rapidement possible.

Jusqu’à ce match contre Lausanne, le FC Bâle est invaincu (10 victoires et 4 nuls) puis va enchaîner quatre défaites consécutives, avec notamment une cuisante élimination de la Ligue des Champions face à Cluj. Cela doit être frustrant d’avoir vécu cela éloigné des terrains.  
Le simple fait d’être éloigné des terrains est déjà frustrant. Alors, de voir ses partenaires en difficulté, cela l’est encore plus. Après, il faut se remettre au travail et essayer de se sortir de cette situation. Mais ce sont des moments assez difficiles à vivre en tant que simple « spectateur ». Surtout que la Ligue des Champions, c’était le gros objectif du club et de ses joueurs…

Comment expliques-tu ce départ peu convaincant du FC Bâle cette saison ?

Cela peut arriver qu’une équipe connaisse des bas, surtout que depuis trois saisons, on a enchaîné beaucoup de titres. Quelque part, c’est normal que l’on redescende au niveau de la qualité et malheureusement cela nous a coûté quelques objectifs. Mais cela peut arriver à toute grande équipe.

Les nombreux départs (Xhaka, Shaqiri, Chipperfield, Huggel) ont-ils été bien compensés ?

Je pense que c’est trop tôt pour juger cela. Surtout que les nouveaux joueurs viennent de continents différents, qu’ils ne parlent pas la même langue et qu’ils ont une culture différente. Il faut leur laisser un peu plus de temps ! Je trouve qu’on les juge trop vite, on a déjà plusieurs joueurs qui ont eu du mal la première saison et qui ont « explosé » ensuite… Alors, je ne veux pas trop m’avancer. Ils ont les bases et des qualités, il faut juste leur laisser le temps de s’installer. En plus, ils sont arrivés dans un contexte difficile. Le club sortait de trois grosses saisons, il y avait donc beaucoup d’attentes placées en eux, alors qu’ils ne peuvent pas faire la différence à eux seuls mais ils ont besoin de bons coéquipiers. Et comme l’équipe ne tournait pas très bien…

Ton retour sur les terrains est lui convaincant avec une victoire face à Wohlen en amical en ajoutant un but et une passe décisive (victoire 7 à 0 le 12 octobre dernier). Comment se porte ton genou ? Tu ne ressens plus de douleur ?

Non, mon genou se porte très bien. Maintenant, je dois retrouver le rythme au niveau physique et au niveau de l’intensité pour me remettre vraiment dedans.

Tu nous confiais en mai passé (lire Sharkfoot n°8 du 24.05.2012), que le changement d’entraîneur (Heiko Vogel pour Fink) n’avait pas bouleversé le vestiaire, car les deux entraîneurs ont la même approche. Mais comment les joueurs ont-ils vécu le licenciement d’Heiko Vogel  ?

Cela a été brutal et un choc pour nous, joueurs. On ne s’y attendait vraiment pas ! Il y avait beaucoup d’émotions…(Il marque une pause) Malheureusement, dans le foot, il n’y a pas de place pour les sentiments, il faut tout de suite des résultats. On est obligé de l’accepter et de faire avec. Qu’importe l’entraîneur à la tête de l’équipe, nous devons atteindre les objectifs du club et aller de l’avant.

On sent qu’Heiko Vogel était vraiment apprécié par ses joueurs…

Oui, Heiko Vogel est quelqu’un de bien, avec lequel tous les joueurs s’entendaient et qui apportait une bonne ambiance dans l’équipe en étant proche de nous. Malheureusement, cette relation a été rompue brutalement et on a été obligé de passer à autre chose…

Tu étais au cœur du système tactique de Vogel, son stratège qui construisait le jeu et qui touchait beaucoup de ballons. Personnellement, es-tu déçu par ce départ ?

Pour la petite anecdote, c’est Heiko Vogel qui a tout fait pour que je vienne à Bâle ! C’est lui qui a été le premier à demander que l’on me recrute, il a conseillé les dirigeants et ceux-ci ont suivi son conseil. Il avait donc beaucoup d’estime pour moi et réciproquement. On s’entendait très bien et il comptait beaucoup sur moi. (On sent l’émotion dans sa voix) On espère qu’il trouvera rapidement du boulot et on lui souhaite bonne chance.

Comme tu l’as dit, il faut maintenant tourner la page et aller de l’avant. Comment se sont déroulés les premiers entraînements avec le nouvel entraîneur, Murat Yakin ?

Cela se passe très bien, c’est un jeune entraîneur très proche de ses joueurs, à l’image de Heiko Vogel. Il est dans la lignée des jeunes « coachs modèles » que l’on trouve aujourd’hui. Il a sa manière à lui de voir le football, une approche différente de Heiko Vogel. Après, c’est le terrain et les résultats qui décideront de tout et nous sommes là pour appliquer ses consignes et atteindre les objectifs du club.

Murat Yakin a montré à Lucerne qu’il est un adepte du beau jeu. Le milieu créatif que tu es doit apprécier…

Il fait partie de ces jeunes « coaches modèles » qui aiment jouer et qui aiment le football moderne, à l’image du Barça. Et puis, Murat Yakin a fait ses preuves à Thoune, puis à Lucerne, il a déjà une bonne carte de visite. Il peut nous apprendre beaucoup de choses car lui-même a joué à un très haut niveau. C’est donc quelqu’un de fiable et que l’on doit écouter. On espère et on croit qu’il va nous emmener encore plus haut.

Qu’est-ce que le nouvel entraîneur peut-il amener à l’équipe, outre le fameux « choc psychologique » ?

Il amène une nouvelle fraîcheur, une nouvelle mentalité. Ca remobilise tous les joueurs car cela coupe des habitudes passées et nous oblige à en prendre d’autres. Ensuite, le coach repart à zéro avec tous les joueurs. Chacun doit se battre pour regagner sa place et il redonne une chance à des éléments qui étaient sur la touche. Consciemment ou inconsciemment, tous les joueurs doivent se remettre en cause et ne pas dormir sur leurs lauriers, car le nouvel entraîneur n’aura pas les mêmes bases que l’ancien. Il va amener une nouvelle tactique et va avoir ses nouveaux joueurs de base.

Tu disputes ta troisième saison sur les bords du Rhin et ton contrat prend fin en juin 2013. On imagine que tu es motivé pour conquérir une troisième couronne nationale..

Oui, je suis très motivé. Je vais tout faire pour être en bonne santé. En fait, je n’ai joué qu’une seule saison entière à Bâle. C’est un nouveau départ et c’est comme si je commençais maintenant ma deuxième saison. J’aimerais revenir le plus vite possible à mon meilleur niveau et aider le club à atteindre ses objectifs.

Tu te vois poursuivre l’aventure à Bâle ?

Bâle est le meilleur club en Suisse, je m’y sens bien avec ma famille, alors pourquoi pas oui. Mais cela passe surtout par les performances sur le terrain et ce sont elles qui décideront si je dois rester ou non.

 

 

 

 

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