Tristes doivent être les supporters du quadruple champion d’Afrique. Dimanche à Yaoundé, les coéquipiers du défenseur de l’Olympique de Marseille, Nicolas Nkoulou, n’ont pas réussi à inverser la tendance du match aller où ils se sont faits surprendre deux à zéro par l’équipe du néo-Lillois Ryan Mendes.
Coup de tonnerre lors de cette dernière phase de qualifications à la CAN. S’il planait une forte incertitude sur le duel ouest-africain qui opposait la Côte d’Ivoire au Sénégal, on était loin d’imaginer un tel scénario dans le double affrontement entre, d’une part, le Cameroun qu’on ne présente plus, et d’autre part les insulaires du Cap-Vert, qui découvriront les joies d’une compétition internationale pour la première fois de leur histoire.

Eliminé par le Cap-Vert, les joueurs camerounais manquent à nouveau la coupe du Monde.
Deuxième rendez-vous d’affilée manqué après la Coupe du Monde
Peut-être pouvions-nous voir les prémices de la débâcle camerounaise dans le fiasco sud-africain. Comme nombre de sélections en général et beaucoup de sélections africaines en particulier, les Lions indomptables n’avaient pu éviter les querelles internes. On se souvient par exemple qu’Achille Emana et Samuel Eto’o s’étaient sentis obligés de se montrer tous les deux en conférence de presse pour faire descendre la température autour de la sélection. À côté de cela, l’autorité de Paul Le Guen était totalement sapée. Des clans semblaient même s’être formés de part et d’autre du sélectionneur.
On a même pu parler d’autogestion à certains moments, notamment lorsqu’une supposée liste de joueurs à aligner sur le terrain avait été rédigée à l’endroit de l’actuel sélectionneur d’Oman. Ou encore lorsque Samuel Eto’o avait clairement annoncé que si l’intérêt général l’exigeait, il se replacerait (de lui-même) en tant qu’attaquant axial, lui que Paul Le Guen avait exilé sur le côté. Après 2010 et son mondial sud-africain raté, le Cameroun a tenté de se refaire une santé en se qualifiant pour la Coupe d’Afrique des Nations 2012. Tombé dans un groupe très relevé, comprenant notamment la République Démocratique du Congo mais aussi et surtout le Sénégal, le Cameroun n’avait pu s’extirper de sa poule.
Peut-être trop sûrs d’eux à l’approche d’affronter un Sénégal absent de toute compétition internationale depuis la CAN 2006, les Camerounais se sont inclinés 1 à 0 à Dakar, laissant les Lions du Sénégal s’envoler en tête du groupe et par la même occasion au Gabon. Alors, à l’heure d’aborder les qualifications pour la CAN 2013, on pouvait légitimement penser que les Lions indomptables étaient vaccinés contre tout risque de suffisance. D’autant que la nouvelle formule (inédite!) avec un match aller-retour à jouer semblait les mettre en ballottage favorable, surtout à la vue du tirage au sort qui leur présentait le Cap-Vert…

Le retour de Samuel Eto’o n’a pas suffi à faire pencher la balance…
Sonnette d’alarme tirée par Samuel Eto’o fils
Exclu temporairement de la sélection pour avoir boycotté un match contre l’Algérie en novembre dernier, l’attaquant du nouveau riche russe, l’Anzhi Makhachkala, a pleinement assumé et a même décliné l’invitation quand il s’est agi de revenir dans le groupe. Il reprochait l’« amateurisme » de l’encadrement des Lions. De l’extérieur, cette déclaration peut paraître étonnante vu l’envergure continentale voire même mondiale du Cameroun. Toutefois, étant donné son patriotisme, la thèse selon laquelle il aurait voulu se venger ne tient pas véritablement debout. Par ailleurs, la tournure qu’ont pris les évènements lui a en partie donné raison.
Surpassés hors de leurs bases, ses coéquipiers ont contraint la Fédération à fléchir pendant l’entre-deux-tours et c’est Denis Lavagne qui en a fait les frais. Outre la décevante prestation du match aller, la pression populaire exercée par les fans des Lions a presque provoqué une émeute autour du siège de la Fécafoot. Celle-ci, à tort ou à raison, a réagi en limogeant le sélectionneur français. Celui qui avait su, semble-t-il, susciter l’adhésion du groupe à son discours durant la suspension du triple ballon d’or africain (six victoires en huit rencontres) n’a pas résisté aux tensions intestines de la Fédération. Le lobby de glorieux anciens tels que Roger Milla ou Joseph-Antoine Bell dont les intentions sont parfois opaques, associé à la pression de l’ex-DTN et nouveau sélectionneur, Jean-Paul Akono, ont effectivement fait leur œuvre.
Cette décision aura au moins eu le mérite de reconquérir Samuel Eto’o, bien décidé à répondre à l’appel de la Nation. Cependant, on peut dire, de façon objective, que ce n’était pas la meilleure façon d’aborder le match retour. Lors de ce match couperet, un superbe coup franc cap-verdien a refroidi les ardeurs du Cameroun dès la 12e minute de jeu. Égalisant par Achille Emana dans la foulée (16e minute) on pouvait alors penser que le Cameroun était enfin sur les bons rails et qu’il déroulerait. Il n’en fut rien face à la vaillance de la 65e équipe mondiale au classement FIFA prête à tout pour défendre son avantage acquis à Praia. Ne parvenant pas à prendre l’avantage, les locaux ont dû attendre les arrêts de jeu du match et le premier but de Fabrice Olinga, qui fêtait par la même occasion sa première sélection, pour remporter ce match crucial. Autant dire que cette victoire fut insuffisante et insatisfaisante, tant au niveau comptable qu’au niveau de la manière.
Le Lion est-il mort ce soir ?
« Gâchis » est le premier mot qui vient à l’esprit quand on évoque les dernières performances de ce groupe de joueurs talentueux et dont plusieurs d’entre eux brillent chaque week-end dans les plus grands championnats européens. Une nouvelle pilule difficile à avaler pour une génération en quête d’identité. Si ses devancières faisaient régner la terreur en Afrique et dominaient de la tête et des épaules, c’est beaucoup plus laborieux aujourd’hui. Lorsqu’ils sont privés de leur leader charismatique qu’est Samuel Eto’o, ces jeunes joueurs ont du mal à s’affirmer et semblent dans l’incapacité de donner un nouveau souffle à cette sélection qui se cherche depuis 2010 et même bien avant, puisque la campagne africaine 2008 n’était guère plus réjouissante.
Toutefois, il y a toujours un motif d’espoir avec les fauves, qui sont quand même détenteurs de quatre couronnes continentales, car ils ont un vivier de joueurs inépuisable. Qu’il s’agisse des locaux qui s’expatrient avec succès (Olinga, Aboubakar) ou alors des bi-nationaux (Choupo-Moting, Kana-Biyik). L’Afrique a besoin de fers de lance et celle du Cameroun reste toujours bien aiguisée malgré tout. Ce qui fait dire qu’un Lion ne meurt jamais… il dort.
Article réalisée par Aymeric Malonga






