La surprise de cette Ligue des Champions est biélorusse ! Depuis fin juillet et le début de son parcours européen, au deuxième tour qualificatif, le BATE Borisov est invaincu. Face au Vardar Skopje (Macédoine), Debrecen (Hongrie) et l’Hapoël Kiryat Shmona (Israël), les Biélorusses ont su tracer leur chemin vers les poules de la Ligue des Champions. Mais contre des adversaires bien plus costauds, les joueurs ont montré qu’ils avaient du caractère. Avant d’affronter Valence ce soir, le BATE fait un début de compétition aussi parfait que surprenant.
« C’est fantastique. C’est notre esprit d’équipe. On a travaillé dur pour en arriver là. Je félicite l’équipe et les supporters. Je ne veux pas ressortir un joueur. Peu importe qui marque ou fait les passes décisives. Ce soir, c’est l’équipe qui a gagné. » En quelques mots, l’entraîneur du BATE Borisov, Viktor Goncharenko, résumé l’état d’esprit des joueurs du BATE Borisov aperçu quelques heures avant face au Bayern Munich. Surchauffé mais pas à 100% complet, le stade du Dinamo (Minsk), où le BATE est obligé de délocaliser ses gros matchs européens, a certainement vu le plus grand exploit de l’histoire du football biélorusse. Une surprise, bien sûr, mais le BATE Borisov avait montré lors de ses précédentes campagnes qu’il était possible de réaliser des grands matchs à domicile.
L’expérience paye
Comme nous vous l’avions présenté dans notre premier focus, le BATE Borisov n’est pas un novice sur la scène européenne. Si les résultats n’étaient pas fantasmagoriques jusqu’à présent, le club est régulièrement présent en phase de groupe depuis 5 ans. En effet, si l’on regarde attentivement les différents parcours du BATE au fil des années, on se rend compte que depuis la saison 2008-2009 et la première participation au phase de poules de Ligue des Champions, le BATE Borisov n’a jamais manqué les groupes d’une des compétitions européennes, que ce soit la Ligue des Champions ou Europa League. Jusqu’à cette année, Borisov n’avait encore jamais gagné de match de poule dans la plus grande compétition européenne.
Néanmoins, quelques résultats auraient dû laisser dire aux supporters lillois ou bavarois que le BATE n’était pas une équipe de peintre en bâtiment, et que les matchs ne seraient pas aussi simple que la perspective de jouer un club biélorusse (ils jouent au foot en Biélorussie ?) le laissait penser. Le premier adversaire de taille battu par le BATE se nomme Anderlecht. C’était il y a bien longtemps, lors de l’été 2008. A la surprise générale, les Biélorusses étaient venus s’imposer en Belgique pour se qualifier pour le quatrième tour préliminaire de la Ligue des Champions. C’était l’époque des Krivets, Bliznyuk, Stasevich, Veremko ou autre Sosnovskiy. Aujourd’hui, certains des joueurs présents lors de la première épopée européenne sont toujours là. On peut parler de Volodko, Rodionov, Yurevich ou Likhtarovich, 34 ans, capitaine de l’équipe et présent au club depuis 2001.
Bien sûr, Viktor Goncharenko est également le même qui avait amené ce club à la consécration en 2008-2009. Cette saison-là, le BATE Borisov (et l’Anorthosis Famagouste la même année) était devenu le premier club à arriver en phase de poule après avoir débuté sa compétition au deuxième tour préliminaire. A 32 ans, Goncharenko était également devenu le plus jeune entraîneur à parvenir à cette étape de la Ligue des Champions. Depuis, on peut noter comme performances des victoires à Everton, face à l’AZ Alkmaar ou l’AEK Athènes en Europa League, ainsi que des matchs nuls face à la Juventus ou le Milan AC en Ligue des Champions. Une sorte de progression linéaire mais fulgurante qui peut rappeler à certains quelques parties de Football Manager…

La joie des joueurs du BATE Borisov après le premier but de Pavlov, face au Bayern Munich. (Getty Images)
Défense solide…
Avec seulement trois joueurs possédant une nationalité étrangère, Viktor Goncharenko a en main un groupe qu’il connaît bien. Chaque année, quelques additions, généralement biélorusses, viennent combler les quelques départs. A seulement 35 ans, le plus jeune entraîneur des 32 encore en course en Ligue des Champions apprend, comme ses joueurs, à vitesse grand V. Ancien joueur du BATE, il entraîne le club depuis 2007 et possède un effectif assez pléthorique pour faire tourner en championnat et mettre une équipe compétitive en milieu de semaine, en Ligue des Champions. A une petite dizaine de journée de la fin, le multiple champion en titre est une nouvelle fois en tête et gardera vraisemblablement sa couronne pour une année supplémentaire. Minimum. Cela ne servirait à rien de rentrer dans le domaine financier tant cela ferait mal de voir qu’on peut réussir en ayant un budget ridicule au niveau européen.
Goncharenko se base tout d’abord sur une défense solide, nécessaire pour pouvoir espérer en Ligue des Champions. Très grand et athlétique, l’axe central ne laisse aucune chance dans le jeu aérien. Or, c’est vers cette arme que se sont dirigés Lille et le Bayern, en utilisant les côtés à foison avant de centrer automatiquement. Outre la qualité déficiente de ceux-ci, aucune des deux équipes n’a pu trouver la faille face à Artem Radkov (ou Egor Filipenko, même profil) et Marko Simic, serbe et seul étranger indiscutable de l’équipe. Quand elles y parvenaient, le gardien biélorusse Andrey Gorbunov, auteur de deux prestations de très grande classe, n’hésitait pas à se mettre en valeur pour aider les siens. Il semblerait même que Rudi Garcia et Jupp Heynckes soient tombés dans le piège de Viktor Goncharenko. En bétonnant l’axe, l’entraîneur biélorusse force son adversaire à passer par les côtés, et notamment du côté gauche de la défense, pour au final, se heurter à du solide. Offensivement, les latéraux, Maxim Bordachev et l’excellent Denis Polyakov, restent plutôt prudents, même si parfois, une folie passagère les prend et ne peut les empêcher de venir en aide à leurs attaquants.
… pour attaque efficace
Adepte de la conversation du ballon en Vysshaya Liga, le championnat biélorusse, Viktor Goncharenko doit s’adapter en Ligue des Champions, compétition dans laquelle il sait que son équipe devra souffrir, subir et faire le dos rond. Ainsi, comme on a pu le voir dans les deux matchs victorieux, Goncharenko a préféré les joueurs travailleurs aux joueurs taquineurs de ballon au milieu et notamment sur les ailes, sur lesquelles il a préféré titulariser de vrais milieux axiaux (Pavlov et Olekhnovich) des deux côtés d’Alexandr Hleb, revenu se faire une deuxième jeunesse dans son club formateur. Exit le maestro brésilio-biélorusse Renan Bressan ou Dmitriy Mozolevskiy, souvent en soutien de Rodionov lors des tours préliminaires. Avec le vétéran Likhtarovich comme « sentinelle » et Volodko, buteur à Lille, le milieu de terrain bosse et court beaucoup (42% de possession) mais montre, lors de quelques séquences de jeu, un jeu de passe de qualité. Et la différence avec les autres années est probablement là.
Dans l’utilisation du ballon, les Biélorusses sont bien plus confiants et efficaces (6 buts en… 11 tirs) comme on peut le voir lors des contres tranchants et ultra-rapides qui ont déjà fait mouche à plusieurs reprises, que ce soit face à Lille et au Bayern, mais également lors des tours préliminaires. Vitali Rodionov est l’attaquant idéal pour ce genre de système : il est rapide, plutôt habile de ses pieds et ses appels sont souvent intéressants et dans le bon tempo. Il a déjà marqué deux buts en deux matchs. Un noyau intelligent et travailleur entraîné par un jeune coach compétent dont la côte monte en flèche (en Russie principalement) : il n’y a pas de recette miracle au succès. Ne nous emballons pas, le BATE Borisov ne gagnera pas la compétition, mais les joueurs inconnus venus de l’Est ont des qualités à faire valoir. Peut-être même que le BATE sera maintenant pris au sérieux ?!?!







Vont-ils rééditer leur exploit ce soir contre Valence ?
Non
Bien que loin d’être ridicule, le BATE est tombé sur plus efficace.