A trente ans, le capitaine de West Ham United réalise un début de saison canon. Si son seul fait d’arme est un titre de Championship, le milieu de terrain anglais a pourtant très peu de choses à envier à Steven Gerrard et Franck Lampard, les deux références de l’entrejeu britannique. Portrait de Kevin Nolan, le diamant resté brut.
Un génie. Un talent immense qui aurait dû connaitre les sommets mais finalement jamais exploité. Kevin Nolan est un de ces joueurs dont on dira un jour « C’est dommage il avait un potentiel énorme mais n’a pas eu la carrière qu’il mérite ». A trente ans, l’enfant de Liverpool, comme un certain Steven Gerrard, vit les dernières saisons de sa carrière. Toutefois, un peu à l’image d’un bon vin, le milieu de terrain donne l’impression chaque saison d’être meilleur que l’année précédente. De Bolton à West Ham en passant par Newcastle, retour sur la carrière de Kevin Nolan.
Bolton, les débuts de « Nobby »
Dès son plus jeune âge, Kevin Nolan souhaite devenir footballeur. Celui qui est appelé « Nobby », un surnom obtenu lors d’un voyage au Danemark durant son adolescence, a été élevé dans une famille de footeux. Son père ainsi que ses frères ont pratiqué le football à «un bon niveau ». Comble du comble pour un gamin de Liverpool, ses héros se nomment Lee Sharpe ou Eric Cantona, deux légendes mancuniennes. Pourtant, cela n’a pas empêché Nolan d’évoluer pour l’équipe des collégiens liverpuldiens. A quinze ans, il suit les conseils d’un ami et tente l’aventure cinquante kilomètres plus loin du côté de Bolton. Le jeune footballeur réalise un test convaincant et s’engage rapidement avec les « Vagabonds » de Bolton. Au moment de son arrivée, les pensionnaires du Reebok Stadium lancent leur centre de formation. Très rapidement, Kevin Nolan est remarqué et signe son premier contrat professionnel à 17 ans. Bolton est alors en Championship (seconde division anglaise) et le jeune prodige a l’occasion de s’affirmer au sein du groupe. En 1998-1999, Nolan joue quatre matches et les Wanderers, emmenés par Jaaskelainen, Gudjohnsen, Gardner (et Franck Passi !) finissent à la sixième place du classement, synonyme de play-offs. Les hommes de Sam Allardyce, malheureux, s’inclinent face à Ipswich (7-5 sur les deux confrontations) en demi-finale et doivent ronger leur frein une saison supplémentaire.
Car le championnat 2000-2001 est beaucoup plus souriant aux coéquipiers de Kevin Nolan. Bolton réalise une grande saison, obtenant une nouvelle fois une place en play-offs tandis que le jeune Nolan joue 33 rencontres toutes compétitions confondues et est le cinquième joueur le plus utilisé de l’effectif. Le milieu se paye même le luxe d’inscrire trois buts dans la saison, le premier en championnat contre Crewe Alexandra (victoire 4-1) puis un doublé face à Scunthorpe en FA Cup (5-1). Une saison couronnée par des succès lors des matches de barrages face à West Bromwich Albion (5-2) puis Preston North End (3-0) qui permettent à Bolton d’accéder à la Premier League. A l’échelon supérieur, il se retrouve tel un poisson dans l’eau. L’espoir anglais inscrit un doublé face à Leicester dès la première journée. Les Wanderers obtiennent le maintien et « Nobby » score à huit reprises dont un but monstrueux à Old Trafford face à United (victoire 2-1 de Bolton). Le « Théâtre des Rêves » qui aurait également pu être surnommé « Le Jardin de Nolan ».
Un an après la victoire décrochée face aux hommes de Sir Alex Ferguson, les coéquipiers de Youri Djorkaeff remettaient ça grâce à… Kevin Nolan (évidemment !). Le milieu de terrain se débrouillait pour battre une nouvelle fois Fabien Barthez et donnait les trois points à son équipe (1-0). Les saisons suivantes permettent à Nolan de découvrir la sélection anglaise. Il est appelé à deux reprises chez les Espoirs et fait sa première apparition avec les Three Lions en février 2003 lors d’une rencontre perdue contre l’Italie. La pépite de Bolton s’est également imposée comme un cadre du vestiaire et participe activement aux qualifications européennes de son club. En 2004 il inscrit des buts capitaux face à Aston Villa en Carling Cup mais voit son équipe s’incliner en finale face à Middlesbrough (2-1).
L’année d’après, les Trotters (l’autre surnom du club de Bolton) obtiennent une qualification historique en Coupe de l’UEFA. Kevin Nolan de son côté réalise une saison moyenne avec un total de quatre buts. En coupe d’Europe, Bolton fait une campagne correcte pour un club novice. Les Anglais finissent troisième de leur groupe en tenant tête au vainqueur, le FC Séville (1-1) et en écartant le Zénith Saint-Pétersbourg (1-0). Kevin Nolan inscrit le but de la victoire face aux Russes et Bolton accède aux seizièmes de finale. L’adversaire est de taille, il s’agit de l’Olympique de Marseille et les coéquipiers de Nolan ne font pas le poids (2-1). L’aventure européenne s’arrête et les « Vagabonds » calent à la huitième place malgré les neufs buts de son héros local. Après le départ de Jay-Jay Okocha lors de l’été 2006, Kevin Nolan est nommé capitaine et s’installe un peu plus comme une icône du club. Il est la star de l’équipe et adoré des fans. Cette même saison, il inscrit trois buts et obtient de nouveau un ticket pour la Coupe de l’UEFA. Si la saison 2007-2008 est laborieuse en championnat malgré les cinq buts de Nolan (Bolton termine 16e du championnat), le club vit une de ses plus belles histoires européennes en atteignant les huitièmes de finale face au Sporting Lisbonne. A ce moment-là, Kevin Nolan ne s’en doutait probablement pas mais jouait ses derniers matches avec Bolton. L’hiver suivant, le club est en proie à des difficultés sportives et vend son capitaine à Newcastle.
Le héros de la Tyne
Kevin Nolan s’engage à Newcastle à la fin du mercato hivernal en 2009. Pour le joueur son départ sur les bords de la Tyne est un véritable déchirement. « J’ai été déçu quand j’ai appris par mon agent que le club avait accepté une offre de la part de Newcastle car je me voyais faire encore de nombreuses années à Bolton ». Les six premiers mois de « Nobby » à Newcastle sont quelconques et il ne peut empêcher le club d’être relégué en Championship. Toutefois, il est, avec Andy Carroll, l’artisan principal de la remontée des Magpies en première division. Epaulé par Danny Guthrie, Alan Smith, Nicky Butt ou Joey Barton (quand il n’est pas blessé), il permet à Newcastle d’avoir un milieu de terrain à la fois compact et très porté vers l’avant. Kevin Nolan inscrit dix-huit buts et offre la montée en Premier League à Newcastle en marquant un ciseau retourné face à Sheffield (2-1). Quelques semaines plus tard, les hommes de Chris Hughton remportent le titre de champion en s’adjugeant les trois points face à Plymouth (2-0).
En un peu plus d’une saison, l’ancien joueur de Bolton est devenu une légende des Toons et est nommé « Meilleur joueur de la saison de Championship ». Dans la foulée, il récupère le brassard de capitaine laissé libre par Nicky Butt. Le retour dans l’élite se passe bien. Kevin Nolan plante douze pions dont un triplé lors du derby face à Sunderland (5-1) et Newcastle se maintient facilement. Tout va bien dans le meilleur des mondes sauf que le président Mike Ashley décide de se séparer de quelques cadres afin de reconstruire l’effectif. Exit Barton, Harper, Enrique et Nolan. Alors qu’il était préalablement question d’une prolongation de quatre à cinq saisons supplémentaires, il est lâché contre 5M€ à West Ham United, tout juste relégué en Championship. Une véritable catastrophe pour le joueur. « J’étais heureux et adoré. Je portais le brassard de capitaine dans un grand club d’Angleterre et je voulais finir ma carrière ici. Les dirigeants n’ont pas tenu leurs promesses. Ce départ me brise le cœur.» A Newcastle, « Nobby » a porté les couleurs du club à 91 reprises et marqué trente buts pour neuf passes décisives.
Un dernier coup de marteau ?
A West Ham, Nolan retrouve son mentor Sam Allardyce et est nommé directement capitaine après le départ de Matthew Upson. « Nobby » s’adapte très rapidement et n’hésite pas à prendre la parole quand il le faut. En début de saison, le néo-Hammer place son équipe comme le favori pour la montée. « Tout le monde voudra nous battre, nous serons les cibles principales mais je n’ai aucune raison de m’inquiéter car nous avons des supporters géniaux. Je suis sûr qu’on fera la fête en mai .» Il a eu du flair. West Ham réalise une saison pleine et finit à la troisième place du classement, à trois longueurs du leader Reading. Les Hammers passent par les play-offs et écartent Cardiff puis Blackpool. Au cours de la saison, Kevin Nolan trouve le chemin des filets à treize reprises. A Londres, il a un impact énorme sur le vestiaire et guide les jeunes. Il a également « pris en main » Ricardo Vaz Te avec qui il avait évolué à Bolton et qu’il a retrouvé l’hiver dernier.
Cet été les Irons (autre surnom pour West Ham) ont frappé à la porte de la Premier League pour un retour. Les intentions du club sont claires : assurer le maintien et créer la surprise. Autour de Kevin Nolan arrivent plusieurs joueurs de qualité : Jaaskelainen, Benayoun, Jarvis, Alou Diarra, Collins, Maïga et Andy Carroll. Le géant de Liverpool retrouve son ami « Nobby » pour reformer le duo qui a permis à Newcastle de briller. Si Kevin Nolan est plus proche de la fin que du début, il prépare surement un bouquet final en apothéose. Déjà auteur de deux buts cette saison, il a donné la victoire face à Aston Villa (1-0) lors de la première journée de championnat et ouvert le score avant la minute de jeu contre Fulham (3-0) il y a deux semaines. A 30 ans Nolan est en pleine possession de ses moyens et continue de régaler les spectateurs d’Upton Park et de Premier League.
Il méritait une meilleure carrière

L’un n’a presque rien gagné, l’autre est champion d’Europe. Nolan méritait surement mieux. (Getty Images)
Si son palmarès est quasi-vierge, le gamin de Liverpool a fait un beau chemin mais pourra nourrir d’énormes regrets. Car à l’heure où son ami Steven Gerrard ainsi que Frank Lampard dirigent l’entrejeu des Three Lions, « Nobby » ne vit rien de tout cela et peut déjà dorénavant regarder derrière lui. Qu’est-ce qu’il lui manquait ? Mystère. Pas le talent c’est certain. Kevin Nolan a le profil type du milieu de terrain anglais. Pas un « box-to-box » mais un joueur très bagarreur à la récupération du ballon et qui excelle dans les 30 derniers mètres du terrain. Cette zone lui appartient : frappes lointaines, passes millimétrées et présence dans la surface de réparation, Nolan est un poison pour les défenses et a appris à se montrer dangereux au fil des années. La chance alors peut-être. Face à la concurrence démentielle à ce poste (Gerrard, Lampard, Carrick, Parker), l’ancien Magpie n’a jamais eu l’occasion de percer et montrer son talent au plus haut niveau. Il semble certain que le football international ne gardera que très peu de souvenirs de Kevin Nolan. Néanmoins ce dernier restera un modèle de professionnalisme dans tous les clubs où il a évolué.









