Le Paris Saint-Germain prend une nouvelle dimension avec la signature de l’attaquant vedette du Milan AC, Zlatan Ibrahimovic. Complet et capable de changer le cours d’un match en une action, la formation et l’animation choisies par Carlo Ancelotti seront primordiales pour permettre à Ibrahimovic d’être épanoui et de trouver des automatismes avec ses coéquipiers. Projection et analyse.
L’arrivée de Zlatan Ibrahimovic au Paris Saint-Germain permet à Carlo Ancelotti d’avoir l’attaquant de classe mondiale qu’il souhaitait. Toutefois, le profil de l’attaquant suédois est atypique tant ses qualités font de lui un attaquant complet, mais avec qui l’animation offensive a parfois été un casse-tête pour les entraîneurs. Positionné en tant qu’attaquant de pointe le plus souvent, son rôle évolue depuis quelques années puisqu’il se mue de plus en plus comme un organisateur du jeu ou plutôt, comme celui qui déclenche l’action décisive, celle qui mènera à une situation dangereuse ou à un ballon perdu.

Les déplacements de Robinho et Boateng ont permis trop rarement à Ibrahimovic d’avoir de quoi s’exprimer. En rouge, la vaste zone où ses coéquipiers cherchaient à le trouver.
Ibrahimovic aime être au cœur du jeu
Est-ce un hasard si de 2004 à 2011, le club où évoluait Ibrahimovic a remporté le championnat ? La continuité est trop marquée pour que ce soit le cas. Pourtant, le rôle d’Ibracadabra dans ces équipes n’a jamais été le même. D’abord véritable pointe à l’Ajax Amsterdam et lors de sa première saison à la Juventus Turin, il évolue déjà plus bas lors de la saison 2005/2006, derrière David Trezeguet. Habitué à évoluer avec un deuxième attaquant lors des trois saisons qu’il a passé à l’Inter Milan, le FC Barcelone voit en lui un joueur apportant l’impact physique et cette présence dans la surface qui manquent tant parfois à l’équipe catalane. Malgré 16 buts marqués en championnat, la place de titulaire de Zlatan a été contestée par les jeunes Bojan et Pedro. Indéniablement, son profil n’a pas collé avec le jeu barcelonais et surtout, ce que Guardiola voulait de lui n’était pas compatible avec ce que souhaitait le buteur de Malmö.
Ibrahimovic a besoin de sentir qu’il est le joueur clé, l’homme par qui tout doit passer. Ce n’était pas possible à Barcelone où les métronomes étaient déjà nombreux et où Messi régnait déjà en maître. Son départ au Milan AC a sonné le retour du roi Zlatan. Avec notamment Robinho, il permet au club lombard de décrocher son 18e titre en Série A avec 14 buts et 14 passes décisives au compteur. Malgré une seconde saison tout aussi réussie avec 28 buts en championnat, Ibrahimovic doit s’incliner pour la première fois et laisser le titre filé à Turin. A Milan, il s’est parfaitement adapté au système de Massimo Allegri en 4-3-1-2 ou plutôt, le collectif milanais a tout misé sur lui. Avec Robinho et Boateng, l’animation offensive des Rossoneri n’a pas été d’une grande ingéniosité. L’objectif était de trouver Ibrahimovic le plus rapidement possible pour le laisser faire la décision. A ce petit jeu, fort heureusement pour les Diavolo, l’attaquant suédois parvient à faire la différence par son talent individuel. Mais à trop se reposer sur les épaules du grand Zlatan, le jeu devient stéréotypé et totalement dépendant des lumières plus ou moins brillantes du joueur d’origine bosniaque et croate.

Composition l’équipe de Suède à l’Euro 2012 face à la France. Ibrahimovic a évolué comme un véritable meneur de jeu.
En équipe nationale, lors de l’Euro 2012, on a également remarqué que Ibrahimovic pouvait évoluer comme un numéro 10. A force de redescendre bas à Milan pour lancer les offensives, ce poste est devenu naturel pour Erik Hamren. Cependant, si cette position lui permet d’avoir une liberté totale de mouvement et d’être au cœur du jeu en permanence, le manque de latéralité dans le jeu suédois a rapidement refermé le jeu dans l’axe, sur Ibrahimovic. Les adversaires de l’équipe de Suède n’avaient plus qu’à blinder le centre du terrain pour contrer les inspirations du génie suédois. Si Zlatan aime de plus en plus être celui qui trouve la brèche et oriente l’attaque, il a besoin d’avoir des joueurs qui aiment prendre la profondeur et n’hésitent pas à écarter le bloc-équipe adverse pour lui permettre d’avoir des solutions mais aussi d’avoir le temps de mettre en place ce qu’il a imaginé. Avant tout, Ibracadabra est un inventeur.

La complémentarité entre Ibrahimovic et Lavezzi sera évidente et naturelle. Le positionnement de Menez et sa variété dans le jeu permettront d’apporter de la largeur. Positionné plus bas, Pastore pourrait se projeter à contretemps dans la surface adverse.
La complémentarité comme ligne directrice
Sous la houlette de Carlo Ancelotti, le PSG version Zlatan Ibrahimovic ou Ibrahimovic version PSG peut prendre des formes variées tant les possibilités sont nombreuses. En effet, si le sapin de Noël tant apprécié par l’entraîneur italien est un système que l’on devrait retrouver, l’apparition d’un 4-3-3 plus classique cette saison est probable : « L’expérience de la saison passée me fait dire qu’on jouera toujours avec quatre défenseurs, trois milieux axiaux et trois attaquants, un dans l’axe et un sur chaque côté. Il pourrait y avoir des variantes. » L’arrivée de Lavezzi, habituellement décalé sur le côté gauche derrière Cavani pour rentrer à l’intérieur, devrait permettre à Ancelotti d’avoir un joueur parfaitement capable de s’adapter à son 4-3-2-1. Le positionnement de Menez, capable de jouer à tous les postes en attaque, sera finalement l’une des clés de la réussite du trio offensif parisien. La tendance irait donc à le placer côté droit, sa disponibilité naturelle permettrait au PSG d’avoir un joueur bien plus difficile à canaliser tant les mouvements de l’international français sont variés et difficiles à stopper lorsqu’ils sont en adéquation avec ceux de ses coéquipiers.
Toutefois, le problème de la latéralité referait surface. Ibrahimovic prend le contrôle de l’axe et a besoin qu’on lui laisse ce champ de jeu pour être efficace. La complémentarité avec Lavezzi est toute trouvée, l’Argentin aime prendre la profondeur ou être lancé dans les intervalles pour combiner avec son attaquant de pointe ou partir au but. Dans le football moderne, avoir un ailier capable d’évoluer comme un deuxième attaquant, n’hésitant pas à partir dans la diagonale, est primordial pour surprendre les défenses adverses. Mais de l’autre côté, Menez pourrait alors devenir intéressant si on le cantonnait à un poste de pur ailier droit, presque collé à la ligne de touche, pour étirer la ligne défensive adverse et permettre à Zlatan d’avoir cette marge de manœuvre et les solutions aussi bien dans la profondeur que dans les pieds pour ensuite se projeter dans la surface adverse. Dans le cas contraire, si Menez vient également au cœur du jeu, l’embouteillage risque d’être inévitable avec Lavezzi et Ibrahimovic. Les tricoteurs de ballon seraient légions.

Avec Kaka, et Lavezzi, le sapin de Noël de Carlo Ancelotti auraient deux milieux offensifs parfaitement adaptés à ce système.
L’autre solution viendrait de Javier Pastore. Le débat n’est pas toujours pas arrêté concernant son positionnement. Parfois vu comme un Trequartista, d’autres le pensent pur Regista. Finalement, si Pastore est décisif lorsqu’il est proche de l’attaquant de pointe, sa liberté d’action n’est pas optimale lorsqu’il se retrouve trop proche des milieux défensifs adverses. Ainsi, en se positionnant plus bas, il a ses quelques secondes supplémentaires lui permettant d’avoir le temps d’orienter le jeu et de se projeter à contretemps dans la surface. Avec l’arrivée d’Ibrahimovic, le PSG disposera d’un joueur appréciant faire le jeu et n’hésitant pas à redescendre très bas pour lancer les actions de loin. Pastore est incontestablement un joueur axial, qui a également ce besoin d’être là où le jeu se déroule, un rôle de neuf et demi avec Ibrahimovic peut être efficace mais stéréotyperait la zone d’action du club de la capitale, le problème de latéralité ne serait pas réglé et il n’y aurait que Lavezzi pour apporter de la verticalité.
Reste l’énigme Nenê. L’avenir incertain du Brésilien pousse à l’ignorer de toute réflexion tactique surtout que l’intérêt de Paris pour Kaka semble indiquer un départ inéluctable pour le meilleur buteur du PSG la saison dernière. Jouer avec Ibrahimovic n’est pas donc chose facile, mais l’erreur serait avant tout de jouer pour Ibrahimovic. Le Suédois a le talent pour s’adapter et s’intégrer dans un collectif. L’idéal serait donc de lui laisser toute liberté mais de mettre à ses côtés des joueurs capables de le comprendre et d’être complémentaires. Bien qu’il en soit capable, Zlatan ne fait pas un collectif mais le sublime. Les premières idées avancées par Ancelotti vont dans ce sens, de bon augure pour le Paris Saint-Germain.







Très bonne analyse ! bravo