L’équipe de Cesare Prandelli aura surpris par son style de jeu et ses bonnes performances, s’inclinant en finale contre l’armada espagnole. Retour et analyse sur le parcours de la Squadra Azzura durant cet Euro 2012. Dans cette troisième et dernière partie, il sera question de la fluidité et des mouvements au sein du Rombo italien.
Le rôle de Riccardo Montolivo n’est pas seulement cantonné à un travail défensif harassant pour autant. Sa qualité de passe est d’une précision chirurgicale depuis n’importe quelle position sur le terrain, ou presque, et lui permet d’alterner jeu long et court à souhait, en pôle de créativité secondaire devant ou aux cotés de Pirlo. Sa passe décisive pour le second but de Balotelli contre l’Allemagne témoigne de cette faculté à jouer juste.
Il n’est pas non plus inhabituel, vu l’attirance de Montolivo pour le rôle de regista, de le voir décrocher vers son milieu de terrain pour récupérer le ballon. Ce mouvement vers l’arrière a une double logique. Tout d’abord se libérer du marquage et de l’étreinte adverse, une manière de se donner un peu d’air et de vision pour mieux orienter et influencer le jeu. L’autre objectif d’un tel déplacement est d’ouvrir l’espace dans son dos pour les percées des milieux ou les déplacements des avants. Des déplacements latéraux de Montolivo, outre le fait de se sortie de la tenaille centrale allemande (n°6-7-18), permettent d’apporter un surnombre sur un flanc et des problèmes de marquages aux allemands.
En effet, les joueurs de couloirs allemands ont potentiellement deux joueurs à considérer (segments rouge) : le mediano, pour ne pas perdre l’avantage au centre du terrain, le latéral pour ne pas lui laisser trop de libertés d’actions, Pirlo a très souvent trouvé Chiellini sur le flanc gauche complètement libre, ce qui donna une action de but. Cassano occupant le latéral et un défenseur, Montolivo a tout loisir d’apporter sa technique sur le flanc, attirant par la même occasion un des milieux défensifs adverses et ouvrant l’espace à Marchisio, Pirlo ou De Rossi.
Le rôle de trequartista énergique et complet permet également de lier plus efficacement le Rombo au duo d’attaquants, évitant ainsi le classique problème d’équipe coupée en deux. Cette excellent mobilité de Montolivo permet aussi d’attaquer l’adversaire de manière plus fluide. Montolivo incarne à merveille ce rôle de trequartista moderne et complet au sein de l’entrejeu fluide et mobile de la Nazionale.
Polymorphie : la nouvelle essence du Rombo italien
Le milieu italien est en effet réellement polymorphe et peut se configurer de différentes manières, en réagissant aux déplacements de ses propres joueurs et ceux de l’adversaire sans perdre ses qualités. Les milieux de terrain ne font qu’un et les Italiens exposent toute leur science du placement, de la couverture et des déplacements. Pirlo occupe, généralement à la base du diamant, le rôle d’organisateur, proposant une solution courte de relance à ses défenseurs. Mais il dispose aussi de la possibilité de s’avancer balle au pied pour plonger dans une ouverture. Sa passe décisive pour Di Natale face à l’Espagne en phase de poule en est un excellent exemple.
Cette fluidité est rendue possible par la couverture intuitive, en réaction à son mouvement, de De Rossi ou d’un autre milieu (flèche rouge-défensive en réaction à la flèche noire-offensive). La qualité d’appels et de finition de Marchisio permet d’exploiter intelligemment les décrochages de Montolivo. En décrochant, le nouveau transfuge du Milan AC permet à son compatriote de se porter vers l’avant, menacer le but et perturber le marquage adverse. Le sens du sacrifice, l’esprit collectif et la détermination de De Rossi finissent d’unir ce milieu de terrain solidaire qui a toutes les composantes d’une entité intelligente et équilibrée. La polyvalence devient un atout considérable lorsqu’elle s’appuie sur une compréhension mutuelle des joueurs par les permutations qu’elle génère et la capacité d’adaptation et de réaction qui en résulte.
Dans cette équipe d’Italie séduisante et proactive souhaitée par Prandelli et basée sur le rayonnement d’un Pirlo toujours aussi fringuant, le rôle du trequartista est redéfini. Ce rôle tactique, symbole chic de la créativité et l’imprévisibilité offensive, devient aussi pour le bénéfice de l’équilibre chatoyant de l’équipe un élément réactif choc à l’adversaire. Bien plus polyvalent et concerné par l’ensemble des phases de jeu, il s’intègre alors parfaitement au sein de ce milieu de terrain fonctionnel, discipliné et coordonné dans ses placements.
Ce milieu de terrain est incontestablement un des facteurs contribuant au beau parcours de la Nazionale dans cet Euro 2012 alors que la préparation était calamiteuse. Les événements du calcioscommesse et l’enjeu généré par la compétition ont été des catalyseurs de cette complicité. Prandelli aura contribué, par son excellente gestion humaine du groupe et sa réflexion tactique, à la reconquête du cœur des tifosis avec panache. Le pari de Prandelli est réussi et le 4-3-1-2 est en fait un 4-1-3-2, la plaque tournante principale étant Pirlo.









