Equipe de France : des Bleus à l’âme (2/2)

L’équipe de France est pointée du doigt après son élimination face à l’Espagne, mais c’est avant tout l’attitude de certains joueurs qui fait réagir actuellement. Deux ans après la nomination de Laurent Blanc à la tête de sélection, le Président a décidé de ne pas continuer l’aventure. Une nouvelle fois touché par des problèmes aussi bien internes que sur le rectangle vert, le groupe est amené, comme il y a deux ans, à changer. Décryptage et analyse de la situation.

FranceAprès des jours de passage à tabac, l’heure est venue de prendre du recul sur l’équipe de France. Après un Euro 2012 où l’objectif des quarts de finale a été atteint, les Bleus sortent toutefois avec un bilan négatif du fait de la piètre prestation face à l’Espagne et les nouvelles incartades de quelques joueurs. Pour Laurent Blanc, les deux années à la tête de la sélection n’ont pas été de tout repos. Pour le Président, qui avait mis le jeu au cœur de son projet, l’aventure touche à sa fin. L’avenir de l’équipe de France est de nouveau en jeu, deux ans après le fiasco en Afrique du Sud, où en sommes nous ? Deuxième partie où l’on s’intéresse à la gestion humaine de Laurent Blanc, un bilan concernant les joueurs et les perspectives d’avenir.

Laurent Blanc - Samir Nasri

Entre Laurent Blanc et Samir Nasri, la relation est conflictuelle depuis deux ans. (Reuters)

Des égos ingérables

L’épisode de Knysna a marqué les esprits. L’arrivée de Laurent Blanc devait tirer un trait sur ce fâcheux épisode de l’histoire du football français. Avec son statut d’illustre international, de joueur respecté, d’entraîneur reconnu, Blanc a tout pour répondre au profil. D’un commun accord avec la fédération, des décisions sont prises pour suspendre Ribéry, Evra, Anelka et consorts. L’Euro 2012 était le véritable test pour tout un groupe. La comparaison est facile, entre Knysna et Kircha. Des épisodes viennent ternir une communication bien ficelée. D’abord, la réaction de Nasri après son but face à l’Angleterre a fait resurgir cette fameuse haine anti-média et le poids des critiques pour les joueurs.
L’après-match houleux suite à la défaite contre la Suède a « réveillé les démons » comme le souligne lui même Florent Malouda. Blanc s’en prend à Hatem Ben Arfa, plus préoccupé par son portable que par le match. Alou Diarra lève la voix et n’hésite pas à pointer du doigt certaines défaillances. Nasri en tête s’estime injustement ciblé. L’élimination contre l’Espagne viendra mettre un terme au spectacle minable offert par l’ancien milieu de terrain de l’Olympique de Marseille qui s’en prend à un journaliste en l’insultant, celui-ci n’hésitant pas à lui répondre toutefois. L’attitude de Menez, déçu de ne pas être titularisé et qui a insulté l’arbitre, tout comme celle de Yann M’Vila qui n’a pas serré la main d’Olivier Giroud sont pointés du doigt également.

Ne rêvons pas, chaque groupe a ses problèmes, ses groupes et ses incidents. La prétention d’Olivier Giroud qui estime pouvoir apporter quelque chose à l’équipe ne plait pas à tout le monde. L’influence de Jean-Pierre Bernès ne laisse pas de marbre les joueurs non plus. Certains estiment que les choix sont faits en fonction de l’agent. Devant la presse, les joueurs semblent tous derrière Blanc, ils apprécient le sélectionneur et sa vision du football. Alternant le dialogue lors de la bataille inter-média avec Nasri, Blanc n’a visiblement pas réussi à tenir un groupe instable. Pire encore, il sort Alou Diarra du onze de départ face à l’Espagne alors qu’il est un des seuls joueurs à s’être comporté en tant que joueur responsable et impliqué dans les vestiaires. Deux ans plus tard, on constate que Blanc n’a fait que refroidir et retarder tant bien que mal une marmite toujours prête à exploser. A la différence de Cesare Prandelli qui n’hésite pas à exclure un joueur, le Président se comporte comme une vulgaire marionnette et botte en touche. Le seul joueur ayant vraiment payé est Jérémy Toulalan. Pour les autres, le sélectionneur n’a pas tranché, il n’a pas eu le courage ni l’appui de la fédération pour le faire. A-t-il encore les épaules pour tenir à flot son groupe ? Le simple fait de se poser la question permet d’y répondre.

Des révélations mais pas de leader

Ils sont rares les joueurs à pouvoir s’estimer être titulaires indiscutables en équipe de France. A la sortie de l’Euro 2012, on parle encore une fois de ménage, d’un besoin de changement. Ce même sentiment régnait déjà en 2010. Si Lloris a convaincu sportivement, son statut de capitaine a montré ses limites. Il n’a pas la carrure pour être à la tête d’un groupe aussi instable. En s’appuyant sur une charnière centrale formée de Philippe Mexès et Adil Rami. Blanc a choisi la continuité. Pas de chance, le doute a persisté de match en match concernant les prestations des deux défenseurs. Profitant d’une nouvelle chance, Mexès n’a fait qu’un vrai bon match contre l’Angleterre. Adil Rami a paru émoussé après sa saison à Valencia. La révélation derrière est venue de Mathieu Debuchy qui s’est affirmé comme un latéral droit de premier ordre. Mais là encore, il est à la faute sur le premier but espagnol où Alba le déborde. Pas de quoi le mettre au placard cela dit. En oubliant enfin Patrice Evra et ses prestations médiocres, Blanc a donné sa chance à Gaël Clichy qui n’a pas déçu à défaut de s’affirmer.

Pourtant critiqué à sa sélection, Alou Diarra a surpris sur le terrain et a été le seul à avoir le comportement d’un capitaine dans les vestiaires. Cependant, il est difficile de s’appuyer sur lui pour l’avenir. La véritable révélation vient de Yohan Cabaye, brillant dans l’entre-jeu et capable d’être actif à la récupération comme de se projeter vers l’avant. Malouda a retrouvé partiellement une place de titulaire après un bon match en préparation, pas suffisant par la suite, c’est certainement sa dernière compétition internationale. Très attendu, Samir Nasri a réalisé une bonne prestation contre l’Angleterre puis s’est complètement éteint. Difficile d’imaginer un groupe construit autour de l’attraction numéro une actuellement. Franck Ribéry jouait gros durant cet Euro 2012. Très en forme durant les matchs de préparation, sa combativité et son envie ont convaincu, tout comme son silence durant les incidents.

Il a été le leader technique de l’équipe durant les éliminatoires, Karim Benzema pouvait enfin frapper un grand coup. Sans marquer le moindre but, l’attaquant du Real Madrid s’est distingué par des décrochages intempestifs pour toucher le ballon et un rendement en deçà de ce qu’on pouvait espérer. Les attitudes de Menez vont jouer en sa défaveur. Parfois brillant sur le terrain, ses sauts d’humeur viennent ternir en permanence les matchs remarquables qu’il peut réaliser. Avec la nouvelle main tendue par Blanc, Ben Arfa n’a visiblement toujours pas retenu les leçons du passé. Sans leader, le groupe France se cherche encore. Dans une nouvelle atmosphère de règlement de compte, à qui peut-on faire confiance pour former le futur de cette équipe de France ? Sharkfoot propose une équipe de départ sur laquelle il serait intéressant de partir, sans prétention aucune, et qui mérite certainement sa critique.

Equipe de France : une équipe d'avenir ?

 

Sans avoir loupé complètement son Euro 2012, l’équipe de France de Laurent Blanc en sort avec le même flou qui planait au dessus du football français en 2010. Si le sélectionneur a rapidement tenté de retrouver l’amour du peuple français en passant par un jeu alléchant, les rares moments d’extase footballistique et le spectre de la piètre élimination contre l’Espagne ont pris le dessus sur la philosophie honorable de la victoire par le jeu. Que ce soit dans son organisation ou dans l’avènement de joueurs cadres sur le terrain et en dehors, les Bleus peuvent difficilement se projeter sur l’avenir. Sans tomber dans le lynchage médiatique auquel on a droit depuis des jours, les attitudes de certains joueurs ne sont pas pour rassurer des supporters en quête d’idoles et de battements cardiaques. Engluée autour du problème Bernès et de la communication à tenir pour punir les insolents, la fédération française se heurte aux problèmes actuels du football français.

A force de rechercher des cerveaux et des joueurs à la qualité sportive aussi forte que l’amour de la patrie, on se rend compte de l’écart qu’il existe entre la sélection française et d’autres nations. Pas seulement en termes de jeu car les talents existent, l’éducation et la préparation des cerveaux ne s’apprennent pas en un jour. Le football moderne crée des enfants stars et les joueurs ont connaissance de leur valeur marchande et de ce qu’ils peuvent représenter sur le marché. L’intérêt individuel primant sur l’intérêt collectif, le professionnalisme et l’éducation des cerveaux doivent donc être mis en avant. Le football français est triste, mais il doit se regarder dans une glace. Avant de penser au jeu et au schéma, les comportements doivent changer, chez les joueurs comme chez les décisionnaires. Des Bleus en puissance, la France en a sur tous les stades de l’Hexagone. Des Bleus avec la fierté du maillot de l’équipe nationale, la France en cherche désespérément. Avant de guérir son football, l’équipe de France ferait bien de penser ses Bleus à l’âme…

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