Blue Knights, l’avenir des Rangers ?

Sharkfoot a interviewé Gordon Stewart, secrétaire de The Rangers Supporters Trust, qui a gentiment accepté de répondre à nos questions. Il revient sur le choc de cette décision de mise en redressement judiciaire puis sur les espoirs d’avenir.

La crise aux Rangers est entrée dans une étape cruciale. Plusieurs repreneurs se sont donc manifestés. Parmi eux, le consortium « Blue Knights» s’est déclaré vendredi 16 mars et se profile comme un des favoris à la reprise. Ce consortium est composé de Paul Murray allié à la fédération des associations de supporters comprenant : The Rangers Supporters Trust, The Rangers Supporters Assembly et The Rangers Supporters Association. Le dernier élément n’est autre que l’entreprise Ticketus.

L’homme d’affaires, Paul Murray, avait quitté le conseil d’administration des Rangers en mai dernier,  peu de temps après la prise de pouvoir du club par Craig Whyte. L’entreprise Ticketus était celle par qui la polémique était arrivée puisqu’elle avait acheté trois saisons de tickets du stade. Pour comprendre l’ambition de ce consortium, Gordon Stewart revient avec nous sur les différentes  étapes depuis l’annonce de la faillite.

« Nous étions dans l’ignorance de la situation réelle »

Comment vit-on cette descente aux enfers quand on est fan/supporter ?

Les gens étaient vraiment déçus, en colère même. Craig Whyte est arrivé il y a un peu moins d’un an (mai 2011, NDLR). Il y avait une énorme taxe d’impôt qui n’était pas payée. On savait qu’il allait y avoir une facture salée de la part des impôts qui pouvait aller  jusqu’à 50 millions de pounds mais on ne savait pas que Whyte avait des impayés à hauteur de 8 millions de pounds et que la société Ticketus allait prendre le dessus en utilisant le revenu des billets de match. Bref, on savait que le club avait des problèmes mais on n’avait pas connaissance des 26 millions supplémentaires. La crise était en vérité plus importante que ce qu’on imaginait. Seule l’administration était réellement au courant de la situation. Les supporters étaient dans l’ignorance.

En perdant 10 points dans la lutte pour le titre, notre saison sur le terrain était pratiquement finie et en dehors du terrain, nous n’étions même plus sûrs d’avoir encore un club de football la saison prochaine. Les gens avaient un sentiment d’impuissance. La seule chose à faire était d’aller voir les matchs au stade. Les deux derniers matchs se sont déroulés à guichets fermés. Beaucoup ont donné de l’argent directement pour soutenir le club.

Quel est l’impact de la situation (financière) en Écosse ?

Elle n’a pas eu d’impact direct car le club est descendu peu à peu. Malgré la crise économique, le public est resté très fidèle avec à chaque match entre 40’000 et 45’000 spectateurs. Je pense que David Murray, l’ancien Président, était en détresse avec ses entreprises. Il ne pouvait donc plus financer à perte et les banques n’avaient également plus les ressources nécessaires.

Quelle est la réaction des fans du Celtic ?

On a remporté trois titres nationaux consécutifs mais avec la sanction de 10 points, Celtic va surement être champion cette année. La lutte a toujours été féroce entre les deux clubs. Les fans de Celtic ont écrit des chants sur la mort des Rangers et la chute du club. Espérons que la faillite ne soit pas définitive et qu’on puisse être de retour dès la saison prochain pour le titre.

La SPL ne serait pas la même sans les Rangers. Celtic n’aurait-il pas plus à perdre qu’à gagner si vous disparaissiez ?

Les deux clubs de Glasgow représentent 50% des revenus du football écossais. Cette part de marché serait bien sûr revue à la baisse et les jours seraient différents. Le Celtic pourrait survivre sans les Rangers mais il devrait réduire la voilure et surveiller ses dépenses. Je ne parle même pas de la perte au niveau de l’attractivité du championnat et la tristesse de la disparition des légendaires Old Firm.

Avez-vous reçu des soutiens d’autres clubs ?

Non, pas vraiment. La plupart des clubs ont eu des réactions négatives. Le club des Rangers est très populaire étant donné que c’est le club le plus important et qu’il est souvent titré champion d’Écosse. Les autres essaient donc de lutter contre ça dans la foulée du Celtic surtout. Non, vraiment, on n’a pas reçu de soutien des autres équipes.

Par contre, Sir Alex Ferguson, le manager de ManU nous soutient publiquement. Il est né dans une rue à un bloc du stade. Il a donc toujours été un supporter du club. Par contre, dans le pays en général, il existe peu de mobilisation pour notre cause.

Devenir un partenaire incontournable dans la gestion des Rangers

Comment est né le mouvement #saverangers et qui en est le fédérateur ?

Save Rangers est formé de trois groupes de supporters (Rangers Supporters Trust, Rangers Supporters Assembly et Rangers Supporters Association). Nous étions déjà très proches mais nous avons décidé d’organiser et de structurer nos actions. L’idée était aussi de pouvoir chiffrer les moyens financiers que les supporters seraient prêts à donner pour aider le club. En quelques semaines, nous sommes déjà plus de 14’000 et nous avons réussi à réunir 12 millions de pounds. C’est assez impressionnant. Lors du dernier match à domicile, nous avons distribué plus de 10’000 flyers pour faire connaître notre lutte. Je pense que si nous continuons sur ce rythme nous parviendrons à doubler notre impact.

Qu’ambitionnez-vous  précisément ?

A court terme, nous travaillons avec des donations directes de fans mais aussi par une campagne nommée « Red and Black Rangers » (http://www.redblackrangers.com) où nous vendons des écharpes rouges et noires pour 10 pounds dont tout le profit va au club. À domicile, les chaussettes des Rangers sont traditionnellement rouges et noires. C’est également la couleur habituelle de l’équipe réserve. Avec cette action, on espère réunir 1 million de pounds par mois.
Par la suite nous espérons travailler avec d’autres associations de supporters et la société Ticketus pour sauver le club. La première étape est de survivre pour ensuite construire l’avenir et assurer nos arrières. Notre but est aussi qu’une partie au moins du club appartienne aux supporters.

Avez vous un modèle ou une référence dans le monde du football ?

Le système, dont on aimerait le plus s’inspirer, est celui d’Hambourg SV.  51% du club est la propriété des fans. Nous espérons atteindre ce cap dans les cinq ans qui viennent. Jusqu’à maintenant, un seul homme avait 85%, donc chaque pour-cent gagné est déjà une victoire. Ce sera un travail de longue haleine.

Quels liens avez-vous  avec Paul Murray ou d’autres repreneurs ?

On s’est rencontré assez souvent, peut-être 4 ou 5 fois récemment. Il est très impliqué. On essaie de mettre en place un plan sur le long terme ensemble. Nos relations avec lui sont bénéfiques. Il a apporté des idées et facilité les contacts avec Ticketus. Tout le monde est sur le pont, tirant dans le même sens pour atteindre le même but : assurer le futur du club. Je pense d’ailleurs qu’on va réussir. Il y a quelques semaines, j’étais très pessimiste. Désormais, les différents acteurs se sont réunis et œuvrent dans le même sens. On est bien plus positifs à présent.

Comment vous organiserez-vous si vous avez des actions dans le club ?

Craig Whyte dirigeait le club comme bon lui semblait. Il ne faisait aucune réunion et ne demandait l’avis d’aucun expert financier. On espère obtenir une plus grande transparence pour qu’une telle situation ne se répète plus dans le futur. Il faut pour cela que les supporters aient leur mot à dire dans les décisions du club.

Pour en savoir plus, vous pouvez vous reporter sur les sites http://rangerssupporterstrust.co.uk/ et https://www.saverangers.com/

François Riette et Ugo Curty

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